L’opéra mystérieux et envoûtant d’Alban Berg LULU, dirigé par Kirill Petrenko et mis en scène par Dmitri Tcherniakov, fut une des productions-clés de la saison 2015 du Staatsoper de Munich. Voici 5 raisons de redécouvrir ce spectacle poignant en DVD et Blu-ray.
[/TS_VCSC_Advanced_Textblock]1. La direction musicale de Kirill Petrenko
Étoile filante de la direction d’orchestre, appelé à reprendre la direction musicale du très prestigieux Berliner Philharmoniker en 2019 (succédant ainsi à des monstres sacrés tels que Sergiu Celibidache, Wilhelm Furtwängler, Herbert von Karajan, Claudio Abbado et récemment Sir Simon Rattle), l’actuel directeur musical du Staatsoper de Munich, qui fut formé par Semyon Bychkov et Myung-Whun Chung entre autres, est rompu aux finesses et aux complexités de l’orchestration allemande. C’est donc tout naturellement qu’en 2013, 2014 et 2015 que le Festival de Bayreuth lui confiait la lourde responsabilité de diriger Der Ring des Nibelungen. Il dirige ainsi les forces du Bayerisches Staatsorchester avec une clarté hors-paire et une excellente technique, tout en parvenant à restituer l’émouvant lyrisme et les extraordinaires couleurs de la partition très érudite de Berg. Artiste d’une extrême exigence, il a tenu à superviser en personne toute la post-production de l’enregistrement de Lulu, le premier opéra dont il assure la direction à paraître en DVD et Blu-ray.
2. L’interprétation de Marlis Petersen – Lulu assoluta
C’était la neuvième fois que Marlis Petersen interprétait Lulu, un rôle qui sera resté avec elle pendant plus de dix ans. Elle chante pour la première fois dans l’opéra de Berg à Vienne en 2002, pour le retrouver ensuite sur les plus grandes scènes du monde : New York, Hambourg, Chicago… Ses “presqu-adieux” au rôle à Munich en 2015 fascinent et bouleversent, non seulement par sa prestation vocale irréprochable, mais aussi pour son engagement scénique dans la production exigeante et millimétrée de Dmitri Tcherniakov. Sa performance lui vaudra le titre de “Chanteuse de l’année 2015” du magazine Opernwelt.
3. Le gigantesque labyrinthe de verre, conçu par Tcherniakov lui-même
Le labyrinthe de verre qui constitue l’unique décor de Lulu est une véritable prouesse technique, en effet, de par sa fragilité, le verre n’est pas un matériau fréquemment utilisé pour concevoir des décors de théâtre. Mais ses facultés symboliques sont nombreuses : ses propriétés réfléchissantes rendant hommage à la construction en miroir de l’intrigue ainsi qu’aux jeux d’écho musicaux et dramaturgiques entre les différents actes et entre les différents personnages, le verre se fait aussi cage transparente dans laquelle les émotions et les sentiments sont exposés aux yeux de tous, et où les personnages ne peuvent se cacher. L’ingénieuse construction labyrinthique, quant à elle, incarne littéralement la déperdition mais aussi l’emprisonnement des personnages inventés par Berg, esclaves de leurs névroses, de leurs fantasmes et de leurs passions.
4. La direction d’acteurs de Dmitri Tcherniakov
Si on prête à ce trublion de la scène contemporaine une certaine radicalité dans ses choix interprétatifs et ses dispositifs scéniques, c’est de manière unanime que la critique reconnait son talent à diriger ses chanteurs/acteurs, et à humaniser, grâce à un jeu à la fois réaliste et millimétré, les personnages qu’il met en scène. Lulu pourrait apparaître comme l’opéra idéal pour Tcherniakov, tant la dimension psychologique des personnages est travaillée et épaissie par l’écriture musicale, en leitmotivs, de Berg. Mais Tcherniakov ne s’arrête pas là : prenant à bras le corps l’intrigue de Berg d’après Wedekind, il aseptise radicalement le conte philosophique pour l’incarner en milieu bourgeois – où le règne de la décence et de la morale contraste avec les pulsions désirantes qu’il refoule – et rappelle ce faisant que Lulu, des élégants salons du premier acte aux bas-fonds de Londres au III, est aussi une tragédie sociale. L’héroïne en ressort plus humaine, plus fragile aussi, et surtout plus victime que prédatrice.

5. Une équipe de “bergiens” chevronnés
Pour cette production exceptionnelle, le Staatsoper de Munich a réuni une équipe exceptionnelle : Marlis Petersen, Bo Skovhus (Dr. Schön / Jack l’Eventreur), mais aussi Daniela Sindram, qui prête son superbe mezzo à la Comtesse Geshwitz, ou encore Martin Winkler. Une équipe explosive.
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