Coup de maître de Marc Mauillon pour son premier “Pelléas”

Dans une récente émission consacrée aux “Voix de Pelléas” sur France Musique, Stéphane Grant soulignait à quel point le timbre si particulier de Marc Mauillon, à mi-chemin entre baryton et ténor, semblait taillé à la mesure du rôle du personnage de Maeterlinck et Debussy. Le chanteur a abordé pour la première fois cette exigeante partition dans l’intimité de l’Opéra de Malmö (Suède), avec à ses côtés une équipe de jeunes artistes français : le metteur en scène Benjamin Lazar, avec qui il a déjà travaillé pour Cadmus et Hermione de Lully à l’Opéra-Comique, ou encore le chef Maxime Pascal, la soprano Jenny Daviet. Lorsque l’enregistrement du spectacle paraît en DVD et Blu-ray, c’est pour beaucoup une véritable révélation. Revue de presse.
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S’il est souhaitable que de nouveaux théâtres donnent l’occasion au chanteur de mûrir ce rôle, pour Stéphane Grant, l’essentiel est là :

Dans cette voix singulière et immédiatement reconnaissable du chanteur français, il y a toute l’équivoque du personnage : son naturel inquiétant, le naturel du style, une sorte de parlé-chanté qu’il ne faut pas faire avec affectation ; bref, on tient là un Pelléas juvénile et idéal. 

Même constat chez Arnaud Laporte dans “La Dispute”, si Emmanuelle Giuliani le trouve purement et simplement “extraordinaire” (elle le qualifiera d'”admirable” dans La Croix un mois plus tard), Lucile Commeaux apprécie :

Une voix à la limite du lyrique – c’est excellent. La jeunesse de la voix va très bien avec la partition

Guillaume Tion le trouve quant à lui « impressionnant dans le passage du chanté au parlé ». Chez Lionel Esparza, on admire également son « élocution et projection incroyables ». Du côté de la presse écrite, on est également enthousiaste. Classiquenews.com note ainsi :

Même séduction immédiate et cohérence poétique pour le Pelléas de Marc Mauillon, dont l’émission double, de baryténor, souligne ce naturel inquiétant, cette âme à la fois mûre et juvénile dont le chant clair et naturel, se pare avec une rare intelligence. Rien de neutre ou de trop lisse dans cette vocalité presque parlée. Idéale conception du chant et du style qui réalise ce verbe purement énigmatique de Debussy.

Sur Forumopéra.com, on valorise la prestation de Jenny Daviet, à qui l’Opéra de Malmö a donné l’occasion de briller en lui offrant le rôle-titre, mais on souligne aussi :

Quant à Marc Mauillon, comme on pouvait le pressentir, sa voix semble faite pour la tessiture hybride de Pelléas, qu’il aborde avec sa technique habituelle, son émission étonnante qui donne au héros un petit côté inquiétant malgré le naturel total de sa diction. Pelléas juvénile et frémissant, en tout cas, et loin de toute convention.

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Marc Mauillon arrive également à donner une consistance ainsi qu’une humanité particulière au personnage, dénotant ainsi une singulière affinité pour le rôle et une grande intelligence scénique. Pour Diapason, “c’est un Pelléas insolent de jeunesse […] mais étonnant de maturité” ; pour Classica :

C’est surtout le Pelléas de Marc Mauillon, sonore, plus obstiné de timbre (baryton clair) que d’usage, que l’on n’est pas prêt d’oublier. Investissement de la langue et du chant exceptionnels, et personnage direct “scotchant”, il règne d’une indicible présence

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Olyrix souligne pour sa part le contraste créé par Lazar entre Golaud et Pelléas. Le premier, très bad boy avec son Perfecto de cuir et ses graves noircis par la jalousie, s’oppose strictement à l’angélisme du second :

 Pelléas de Marc Mauillon, garçon sage comme une image, qui enchaîne les tenues les plus classiques et les sourires ravis de premier communiant. Il est difficile de prendre au sérieux ce jeune garçon modèle, mais “modèle” est heureusement l’adjectif qui qualifie également la qualité de son chant français. D’autant que sa candeur et douceur vocale deviennent félicité en présence de Mélisande. Il sait illuminer son chant, jusqu’à la grâce emportée lorsqu’elle lui rend sa déclaration d’amour. L’emportement de la passion le dépasse certes à ce moment et la voix échappe légèrement au contrôle absolu qui sculptait ses harmoniques, mais le caractère le mérite presque.

L’Avant-Scène Opéra gratifie quant à lui le DVD et le Blu-ray de cet enregistrement de sa plus haute distinction, la Révérence, et en profite pour vanter le “Pelléas lumineux de Marc Mauillon”, qui

prendra à rebrousse-poil ceux qui voient et entendent leur Pelléas comme un adolescent fragile et velléitaire – ce que le grain du « baryténor » interdit, comme le tranchant de ses mots, l’ardeur de son chant peu soucieux des nuances douces, la vigueur de ses accents. Unique dans l’histoire du rôle et, au final, absolument magnifique. Evidemment il ne fait qu’une bouchée de la tessiture du duo du Parc, mais c’est dans la remontée des souterrains qu’il émeut le plus, comme s’il libérait son chant même des poisons d’un air méphitique.

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